janvier 2004
 

La classe sociale a constitué, durant les années soixante et soixante-dix, un concept pivot des sciences sociales. Sa dépendance à la théorie marxiste explique qu’elle ait subi deux assauts conjoints: une perte de pertinence résultant de l’évolution des formes productives et une critique sociale liée à l’avancée des processus d’individuation. Les travaux d’Anthony Giddens sur la «troisième voie» britannique et d’Ulrick Beck sur «la société du risque» témoignent de cet abandon du concept de classe sociale comme paradigme explicatif des sociétés contemporaines. Pourtant, la recomposition des systèmes productifs et d’échanges accentue les clivages sociaux en renforçant les inégalités à un degré inimaginable voici seulement quelques années. Les élections présidentielles et législatives de 2001 en France ont sonné comme un rappel à l’ordre à cet égard et forcé nombre de sociologues et de politistes à sortir de leur amnésie et à réinvestir la question des effets de ces clivages sociaux renforcés.

Doit-on, dès lors, avaliser ce tournant théorique et prononcer la fin des sociétés de classes? Cest à cette question que répondent les auteurs de cet ouvrage. De l’ensemble de leurs contributions, il ressort qu’il serait prématuré de répondre par l’affirmative. Si la division sociale de classe fut longtemps réduite à l’affrontement entre patronat et classe ouvrière, elle rend difficilement compte de la situation contemporaine où la productivité sociale se ramifie, essaime dans les réseaux de sous-traitance, dans les services immatériels, rendant moins lisibles les lieux de pouvoir et les sources de conflits. Une meilleure compréhension des nouvelles formes de stratification et de domination pourrait permettre une relance des questionnements sur la conflictualité, la démocratie et la citoyenneté dont nos sociétés, et leur science de référence, semblaient s’être pour un moment coupées.

Avec les contributions de: Michel Autès, Bernard Bernier, Louis Chauvel, John Crowley, Claude Dubar, François Dubet, Laurent Fleury, Vincent de Gaulejac, Jean-Louis Lacascade, Simon Langlois, Nonna Mayer, Michael Ornstein, Michel Pinçon, Monique Pinçon-Charlot et Jan Spurk.  Pour en savoir plus

  • Nombre de pages : 304
  • ISBN : 978-2-85952-868-3
  • Date de parution :
  • Format : 16 x 24 cm
  • Chopart Jean-Noël (dir)

    Sociologue, Jean-Noël Chopart était spécialiste de la protection sociale et des diverses formes d’’intervention sociale, administrateur de la recherche à la Mission de la recherche du ministère des affaires sociales et de la santé (MIRE). Il est décédé en 2003.

  • Martin Claude (dir)

    Sociologue et directeur de recherche au CNRS, Claude Martin est titulaire de la chaire Lien social et santé – Social Care de l’EHESP et dirige le Centre de recherche sur l’action politique en Europe (CRAPE – UMR 6051, Universités de Rennes, Science Po Rennes et École des hautes études en santé publique)